Une fois n’est pas coutume, c’est une journaliste du Dauphiné Libéré, Marie-France Leclerc, qui nous adresse un article qu’elle a fait paraître en juin 2001, et qui traite de la formation des pilotes d’hélicoptères de la gendarmerie en haute-montagne. Ce reportage date d’une époque antérieure à la création du CVM* de Briançon, lorsque les quatre stages annuels se déroulaient aux installations du DAG, coincées entre la Durance et la gare.
Le titre, “Les Ailes de la Gendarmerie”, nous touche particulièrement, puisqu’en 2017, il deviendra le nouveau nom de notre association. Merci à Marie-France, d’apporter son témoignage et ses photos, qui vont faire revivre à nos anciens des moments inoubliables, lorsqu’ils venaient passer leurs recyclages ou leur qualifications dans ce splendide massif des Écrins. L.S.

* à partir de mai 2015, le DAG de Briançon déménage à Villar Saint-Pancrace où il partage des installations communes avec le Centre de Vol en Montagne, qui voit son premier stage le mois suivant. (voir les articles parus à ce sujet dans le numéro 58 de la revue AEROGEND – Eté 2021 : https://www.calameo.com/read/0063528736f3f6df58190 ).

Article paru pour le Dauphiné Libéré, le samedi 30 juin 2001.

SECOURS EN MONTAGNE

Reprenez possession de vos week-ends. L’été est arrivé !
Laissez-nous nous occuper du travail salissant afin de pouvoir l’apprécier
.”

UN DETACHEMENT AERIEN

A Briançon, montagne, oblige vient de s’achever un nouveau stage national, sous l’égide de l’unité de gendarmerie de Villacoublay, permettant à des stagiaires, élèves pilotes, de se spécialiser dans le secours en montagne.

Notre rôle est de servir, protéger, et secourir avant tout. C’est notre métier de gendarme.

Briançon . Une formation de pilotes d’hélicoptère de la gendarmerie de montagne vient de s’achever. Les stagiaires tous volontaires, y ont acquis la finesse et la précision requises pour le pilotage en milieu hostile. Ils rejoindront ensuite la chaine du secours en montagne dont ils sont un maillon indispensable. Rencontre avec des virtuoses bienveillants et audacieux.

L’Ecureuil JCB (1574) de retour d’une rotation en haute-montagne.

Sans hélicoptère, Briançon n’aurait pas le même intérêt, c’est un peu les Écrins sans le Dôme. Quatre fois par an, sur la Drooping Zone (DZ) se déroule ainsi une formation de pilotes de gendarmerie de montagne. Encadrés d’instructeurs formateurs spécifique montagne, c’est toute une logistique nécessaire et indispensable d’une vingtaine de personnels qui vient côtoyer l’unité spécialisée du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne et son Détachement Aérien et en même temps porter assistance au personnel expérimenté de Briançon au gré des évènements.

Les pilotes d’hélicoptères



Comme tout métier il est nécessaire de se garder une hygiène de vie « réglementaire » tel que le fait un sportif. L’équilibre de l’individu participe à sa réussite quelle qu’elle soit . « L’attrait du vol est dans cette grandeur où l’on est « le maître  du monde » en restant si petit. Pas question de se sublimer, la montagne apprend à rester humble, le bonheur d’être au milieu de l’élément c’est maîtriser sans dominer et surtout pouvoir secourir et acquérir une finesse et une précision à chaque pilotage » explique un pilote.


Le pilote possède ainsi 3 systèmes principaux de contrôle :
– le levier du cyclique (manche).
– le collectif.
– les pédales du palonnier.
Le manche contrôle l’angle du rotor principal.
Le collectif contrôle l’angle de pas commun de toutes les pales et en conjonction avec le collectif modifie la portance générée par le rotor. Le palonnier augmente ou diminue la puissance du rotor de queue qui varie en fonction du collectif. Tout ceci fait que l’hélicoptère est une machine incroyablement complexe du point de vue aérodynamique.

L’hélicoptère malgré ses étonnantes capacités n’est en aucune façon une machine miraculeuse éloignée des réalités techniques. En dehors des vents forts qui affecteront un hélicoptère peu puissant, la température, l’humidité et l’altitude influent sur les performances .

Une Alouette III possède un réservoir de kérosène de 400 litres. Toutefois le carburant diminue au moment des interventions en fonction de la distance, de l’altitude et des personnels et matériels à embarquer.

Deux moniteurs du stage en fin de séance : Roger Vandaele et Thierry Chapelier.

Trois appareils ont participé au stage, dont une Alouette III, que tous les montagnards et Briançonnais reconnaissent à la bulle ventrue, deux Ecureuils et une équipe de pilotes et mécaniciens opérateurs-treuillistes .


On pourrait croire que le pilote d’hélicoptère est inabordable, parce que concentré et attentif. Il est ici pour valider sa compétence en montagne. Son vécu de pilote lui confère une image distante que l’on ose déranger. S’il est jeune dans le métier il n’a l’expérience que de 60 heures de vol d’apprentissage minimum et « les patrouilles » relatives à sa fonction normale de gendarme, soit 2 à 3 rotations par jour. Choix d’un épanouissement, le pilote ne subit pas l’imprévu, il le maîtrise.

« Il n’est pas forcément montagnard, il le devient et cela est certainement souhaitable pour mieux cerner l’environnement et les méthodes de travail » explique le capitaine Pascal BERNARDINI.

« Nous sommes choisis sur nos critères de motivations personnelles, nos aspirations et notre engouement vers cette qualification montagne et l’acceptation d’un déplacement géographique déterminé et prévu », indique l’un des pilotes.

« Nous sommes un peu comme les cascadeurs, nous affrontons des dangers calculés et maîtrisés, si les risques à prendre mettent la vie de l’équipage, nous renonçons, essayons d’évaluer une autre stratégie. Nos actes sont toujours très réfléchis », confirme t-il.

L’Alouette 3 JBN au décollage de la DZ. En arrière plan, le pic du Montbrison qui domine Briançon.

Certaines personnes trouvent une gêne et un dérangement au vol des hélicoptères, mais il faut préciser qu’en ce mois de juin, la montagne s’éveille, la faune se recompose, aussi ne survolent-ils pas le Parc des Écrins, avec lequel les relations sont des plus proches, et détournent leur programme sur des heures de moindre nuisance, lorsqu’ils changent leurs secteurs d’entraînement.

Les gendarmes de l’air aussi respectent cette nature, ils ne sont pas les maîtres de ces lieux. « Nous côtoyons la montagne et la survolons aussi pour nous poser surveiller et observer tout près des refuges, que guides montagnards ou simples voyageurs vont fréquenter. Si un volet est arraché ou vandalisé nous constatons. Notre rôle est de Servir, Protéger et Secourir avant tout. C’est notre métier de gendarme » souligne le Capitaine Bernardini. « Sachez que tout entraînement se réalise dans un espace aérien prévu » .

Le Secours aérien est né lors d’un drame des plus poignant de l’histoire de l’alpinisme. Personne n’a oublié Vincendon et Henri et le secours des guides et pilotes réfugiés à la cabane Vallot, reprit en main par le Ministère de l’Intérieur plus précisément par le Service de la Protection Civile en 1958.

Fin de rotation pour Jean Louvet, l’élève a-t-il satisfait son moniteur?

Le Secours en montagne reste et sera toujours essentiel pour sauver les vies en montagne. Les spécialistes du Secours en Montagne sont toujours volontaires. Ainsi restent à la première place le cœur et l’esprit.

« Ici à Briançon toute les conditions sont requises pour permettre à une qualification pointue et performante de se dérouler dans les conditions idéales.

Au fil des stages, nous nous sommes préparés à toutes les situations, nous sommes avec les mécaniciens en osmose totale », poursuit le capitaine.

« Nous avons conscience de faire un métier passionnant et captivant, nous récoltons ainsi les fruits d’un labeur sans relâche et toujours remis en question pour lequel nous sommes investis sans contrainte et le plus, c’est d’être utile, sauver nous faisons partie d’un maillon de la chaîne du secours en montagne.

Lorsque l’on a le privilège de connaître les sensations d’intense émotion dans ce milieu parfois austère mais magique à chaque vol, chaque rotation et décollage c’est toujours la même émotion qui envahit », témoigne un pilote.


Les pilotes d’hélicoptères, qu’ils appartiennent à cette même gendarmerie, aux CRS des Alpes ou à la Protection Civile, qu’ils soient basés à Annecy, Briançon, Grenoble, Chamonix ou participent à des postes de renfort, donnent chaque été et hiver les preuves quasi quotidiennes de leur parfaite connaissance d’un métier entre tous difficiles, de leur audace et leur virtuosité.

Marie-France LECLERC

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